Si je pouvais être métamorphosé en quelque oiseau ou animal, alors, pour la première fois, je serais moi-même." C'est ce que les hommes ont toujours ressenti, et ils ont inventé des histoires magiques de cygnes blancs qui étaient des filles de roi, d'ânes se nourrissant de feuilles de roses et de renards-fées se plongeant dans des grimoires. Et pourtant, il y a toujours eu des humains qui ont possédé ce don, si communément envié. Les poètes et les conteurs dont une race de loups-garous -non pas les épouvantables loups-garous carnivores sur lesquels Mr Montague Summers vient de nous donner un volume très savant et très intimidant, mais des loups-garous de l'esprit. En se métamorphosant eux-mêmes pour réapparaître sous d'autres formes, ils trouvent des forces nouvelles, ils vivent d'autres vies, et souvent, comme la pauvre ourse Callisto, ils deviennent des étoiles fixes, immortelles, dans le ciel au-dessus de nous."
Des années avant Journal d’un corps de Daniel Pennac, Flush est une tentative de biographie qui se dessaisie de son sujet pour observer à travers un point de vue inattendu.
On se laisse immédiatement prendre par le charme de cette biographie de la poétesse Elizabeth Browning entrevue par son plus fidèle compagnon : son chien. Ecrit pour se soulager de l’émotionnel introspectif de « Les Vagues », Virginia Woolf trouve ici la peau d’un animal pour nous rendre visible les maladies de l’âme de cette femme écrivain du début du 20ème siècle, homologue de Virginia. Comme toujours chez Woolf, l’écriture y est ciselée à souhait et cette fois pleine d’un humour irrésistible.