Overblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Journal d'un corps

 

Par Alexandra

 

 

Ce journal d'un corps je ne l'ai pas lu...je l'ai entendu, de la bouche de Pennac même. C'était samedi 16 Juin à l'auditorium du conservatoire de Montreuil dans le cadre du festival Vox. L'auteur était accompagné d'un saxophoniste, qui jouait sur un specimen numérique prolixe à illustrer la lecture de notes mais aussi de sons, le tout avec beaucoup d'humour.

Parce qu'écrire le journal d'un corps c'est quand même quelque chose. Il est d'ailleurs présenté sur la quatrième de couverture que le narrateur "en retour, aimerais lire le journal qu'une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin de mystère."

Mais sur le territoire du corps, l'homme est une femme comme les autres...*

L'entreprise débute sur un traumatisme, où le diariste confesse les sensations les plus aigües qu'il a ressenti quand scout il s'est retrouvé seul en pleine forêt attaché à un pin, capturé par un camp ennemi. La résine qui colle, les fourmis qui montent sur les genoux, les fantasmes de dévoration, la peur, puis enfin le sermont du prêtre après l'épreuve. Journal d'un corps dit tout et plus encore de ces manifestations grandiloquentes ou anodines qui façonne du corps, notre première maison.
 

 

Nous suivons alors ce corps-personnage, compagnon familier et inquiétant comme s'il était le nôtre et nous cheminons avec lui sur la route qui le mène de l'adolescence jusqu'à sa mort irrémédiable.

Sur la scène du conservatoire de Montreuil, au fur et à mesure de la lecture, Pennac, débarasse son livre des post-its qui marquent les passages qu'il a choisi de nous transmettre, en les collant soit sur sa chaise, soit sur le front de son compère saxo.

Ainsi nous recevons ce journal, fragments par fragments, presque par instantanés. Une lecture tronquée, sélective, une mémoire recomposée par strates.  

En attendant de le lire dans sa version intégrale, je reste avec la cartographie de ces instants, ces territoires abordés par ce corps qui narre  :

La salle de bain, l'identité qui se compose dans le miroir, les dortoirs et les premières expériences érotiques, les écorchures, l'extraction d'un polype, les mystère féminins et la conviction pour cet homme que les femmes vivent plus longtemps par ce qu'elles ont leur règles, la maladresse du corps qui ne sait pas danser, les manies inavouables, les enfants, joie angoissante, témoins de notre propre décrépitude, la mécanique absurde du corps puis les examens médicaux puis les sentences, puis les évidences qui ne font plus rire du tout, celles que l'on a pas le choix d'accepter.

Cartographie d'une vie vécue par le corps, Journal d'un corps repose sur l'impression définitive que nous sommes jusqu'au bout l'enfant de notre corps. Un enfant déconcerté.

* titre du film de Jean-Jacques Zilbermann

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article